4L magazine n°67

Où sont passées les 4L ? Ce n’est pas faire injure à notre voiture favorite que de constater une chose : la « 4L » est devenue pratiquement inexistante sur nos routes et dans nos villes. Nous avons bien dit « pratiquement » et non « complètement », ce qui n’est pas la même chose. C’est comme si elle n’avait jamais été fabriquée à 8 135 424 exemplaires ! Comme si elle n’avait jamais été la « 2e voiture française la plus produite de tous les temps ». La comparaison s’établit, fatalement, avec sa rivale de toujours, la 2 CV, passée du « stade de tas de ferraille » dans les années 1980 à celui de « phénomène de mode » vingt ans plus tard. Une mutation qui ne concerne pas la « 4L », et c’est heureux. N’empêche. Entre le statut de « voiture icône » et celui de « voiture fantôme », il y a une marge. Donc, je pose une question : où sont passées les 4L ?

Chaque année, le 4L Trophy rassemble 1 100 voitures préparées pour la piste et le raid. On aime ou pas, mais l’affluence ne baisse pas et le Trophy est un succès. Tous les deux ans, le 4L International de Thenay arrive à peu près au même chiffre de participants, en comptant les dérivés plus ou moins lointains de la Petite Renault, comme l’Estafette dont on fêtait le 60e anniversaire cette année. Cette fois, il n’est plus question de pistes cassantes, mais de communion dans la passion du beau, du rare, du précieux et du fragile. Durant un week-end, les collectionneurs se recensent, les clubs se rassemblent, les propriétaires se réunissent. On voit des « 4L » partout dans cette commune du Loir-et-Cher. Et hop ! Le lundi arrivé, elles disparaissent. Envolées ! Sans doute retournent-elles dans leurs douillets garages…

Pourtant, nous savons bien que les « Trellistes » roulent beaucoup. Au moins autant que les « Deuchistes », si ce n’est davantage. Sauf qu’on ne les voit pas. C’est quand même un mystère. Combien reste-t-il de « 4L » en circulation ? Impossible de le savoir. Les derniers chiffres fiables datent de 2011. Cette année-là, pour la première fois, le nombre de « 4L » inscrites au contrôle technique est passé en dessous de celui des 2 CV : 25 560 Petites Renault contre 25 798 Petites Citroën. Ces données ne veulent pas dire grand-chose, mais ce sont les seules dont nous disposions. Au moins savons-nous qu’il existe « quelque chose comme 25 000 Renault 4 en état de rouler en France ». Pour le reste, c’est le noir total. Pratiquement aucune « 4L » ne passe en ventes publiques. Quand il y en a une, c’est un événement. Quant aux sites d’annonces spécialisées, ils sont quasiment désertés.

Renault est-il aussi fier de son passé que l’est Citroën ? Assurément. Louis Renault n’était pas n’importe qui. Pierre Lefaucheux et Pierre Dreyfus furent de grands présidents grâce auxquels la marque entra dans l’ère moderne. Le premier envisagea « celle qui pourrait succéder un jour à la 4 CV ». Le second mit le projet en marche. Ce n’est pas rien que d’avoir été le géniteur d’une voiture vendue à plus de huit millions d’exemplaires. Non, c’est dans le grand public que les choses ne vont pas. La « 4L » traîne peut-être une image de « travailleuse », une silhouette « d’utilitaire »… Elle n’est pas décapotable comme la 2 CV, elle n’amuse pas spécialement les enfants, elle n’a pas joué dans James Bond…

Nous explorons toutes les directions, sauf une : le comportement du propriétaire de « 4L ». Discret de nature, c’est un passionné qui ne cherche pas l’esbroufe, se moque de l’image de marque de sa voiture et se contre-moque de sa valeur en collection. Ce n’est pas un frimeur. Il ne se fait pas remarquer, aime passer inaperçu, ce qui est tout bonnement impossible lorsqu’on roule en 2 CV. La voilà, la clé de l’énigme. Nous aurions pu la trouver plus tôt. La « 4L » est une pudique, une réservée. Pour le reste, ne vous en faites pas. Notre petite voiture adorée est là. Et bien là. Elle ne s’est jamais aussi bien portée. Nous l’avons vu et constaté au dernier 4L International, trop tard pour en parler dans ce numéro. Mais vous ne perdez rien pour attendre…

Philippe Hazan, rédacteur en chef

Au sommaire du n°67 de 4L magazine : une analyse sur les prix des 4L, un reportage sur le meeting Le Temps Jadis 2019, l’essai de la Renault 4 GTL Clan 1989, la présentation du modèle Renault 4 Jogging 1981, des pièces rares issues d’un musée de R3 et R4 à Hambourg…

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