4L magazine n°65

Ainsi, Renault possédait une piste d’essais privée depuis 1935 au sein même de l’usine de l’Île Seguin ! Un tracé mesurant pratiquement un kilomètre, passant sous le bâtiment, que chaque voiture quittant la chaîne de montage devait obligatoirement emprunter pour être déclarée « bonne » ou « mauvaise » pour le service. Nous pourrions jouer aux plus malins et faire « ceux qui savaient ». Sauf que « nous ne savions pas ». Après avoir appris cette nouvelle de la bouche de Robert Puyal qui signe, à ce sujet, un article passionnant dans le magazine, nous sommes tombés des nues. Ce qui nous a rassurés, si l’on peut dire, c’est qu’en posant la question aux exégètes de la Régie « Saviez-vous que Renault possédait une piste d’essais privée à l’époque de Billancourt ? », tout le monde a répondu… Lardy !

Sans être un secret au sens propre du terme, Renault s’est toujours gardé de divulguer la moindre information sur l’existence de ce petit circuit installé dans ses murs. D’ailleurs, les quelques photos que nous publions sont les seules que le constructeur français possède dans ses archives. Ainsi, quelques millions de Celtaquatre, 4 CV, Frégate, Dauphine ou « 4L » ont tourné pendant des années sur cette petite piste tracée en sous-sol, longue d’à peine un kilomètre. Elles ne faisaient qu’un seul tour avant de remonter à la surface pour être examinées. L’outil était modeste en taille, mais rendait de précieux services. Quand un défaut majeur était constaté durant l’essai, la ligne de montage était immédiatement prévenue, évitant qu’il soit reproduit à l’identique sur des centaines de voitures. L’essayeur n’avait qu’un tour pour repérer ce qui n’allait pas. Il avait intérêt à viser juste et à ne pas amuser le terrain. « Avant d’enclencher la première, on savait déjà ce qui clochait », se souvient l’un d’eux. On imagine qu’à la longue, un « record du tour » avait dû s’organiser entre ces essayeurs de l’ombre.

À la fermeture définitive de l’usine en 1992, qui en était le détenteur ? Louis Renault rêvait de posséder un circuit privé, à l’image du Lingotto de Fiat, et avait fini par trouver un peu de place en faisant creuser sous les fondations de l’Île Seguin. Rien à voir avec la majesté du circuit italien perché à 44 mètres sur le toit de l’usine, dominant Turin. Mais qui d’autre que Giovanni Agnelli et lui pouvait se targuer de posséder son propre circuit d’essai dans sa propre usine ? Certainement pas Monsieur Citroën. C’était peut-être pour lui faire comprendre « qui était le patron » que Louis assena à André ce coup censé faire si mal à son orgueil. Citroën mourut l’année où la piste fut inaugurée. On ne sait même pas s’il fut mis au courant de son existence. Déjà malade, attaqué de toute part par ses créanciers, il essayait de sauver sa société. Le reste n’avait aucune importance.

Changeons de sujet. Vous savez combien l’Estafette fut importante dans le développement de la R4. Elle fête cette année son 60e anniversaire. Si l’ingénieur Guy Grosset-Grange n’avait pas imposé la traction avant pour ce petit utilitaire, introduisant la Régie dans un domaine technique où elle avait 25 ans de retard, la R4 aurait connu une mise au point plus longue et plus difficile. Les plâtres essuyés par l’Estafette furent d’un grand secours à la R4. On l’oublie trop souvent.
Philippe Hazan, rédacteur en chef

Au sommaire de 4L mag n°65 : le circuit d’essais de Renault sur l’île Seguin, Renault 4 1985, Périple Paris-Kinshasa 1984 en 4L, Renault 4 Parisienne 1966…

Pour voir le sommaire complet et commander en ligne ce numéro de 4L magazine en version numérique ou en version papier, allez sur la boutique officielle de 4L magazine